The Inspector Cluzo

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En 2018, The Inspector Cluzo fêtait ses 10 ans d’existence. Pas mal pour un groupe qui a toujours fonctionné en totale indépendance. Original, le groupe l’est à plusieurs niveaux : d’abord parce qu’au contraire de la majorité des groupes de Rock, il n’est composé que de deux personnes. Deux musiciens donc, l’un qui joue de la guitare et chante, l’autre de la batterie. Mais les deux membres d’Inspector Cluzo ne sont pas que musiciens. Originaires de Mont-de-Marsan où ils vivent toujours, ils sont également éleveurs, et cette particularité représente une part importante de leur cheminement artistique.

Car The Inspector Cluzo revendique de faire de la musique de la même façon que de l’agriculture : de manière artisanale, indépendante, sans OGMs. Débordants d’énergie en concert, ils jouent sans artifice, sans bandes pré-enregistrées. Sur le label qu’ils ont lancé, Fuck the bass player Records, ils sortent en indépendant et en auto-distribution leurs albums, de la même manière qu’ils cultivent l’auto-suffisance par le biais de leur ferme landaise. Un beau parcours pour ce duo alternatif qui met son idéologie en pratique par le biais de ses moyens de fonctionnement.

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Interview Adahy

Interviews

Pour lancer les interviews d’artistes de La Lutte Musicale, nous nous sommes entretenus  avec Adahy, artiste queer et militant.e originaire de la région Lilloise. Iel nous parle de sa  musique, de ses inspirations et de ses engagements. 

Photo: Francis Gressier ( @peplvm_photos )

LLM : Dis-nous tout, tu viens d’où ? Tu fais de la musique depuis combien de temps ? 

Adahy : Je viens de Lille, j’ai eu ma première guitare et je me suis mise à écrire mes premières  chansons vers 12 ans. 

LLM : Qu’est-ce qui t’as donné envie de faire de la musique ? 

A : La musique, ça a très vite été un refuge, un moyen d’exprimer mes peurs, mes haines.  Quand j’avais 15-16 ans, j’aurais aimé pouvoir m’identifier à un.e artiste francophone qui aurait exprimé exactement ce que je ressens, ça m’aurait fait beaucoup de bien.  Mais à mon époque, les seules artistes femmes auxquelles je pouvais me rattacher c’était Lorie, Jennifer, et on était à des années-lumières de mes convictions.  Aujourd’hui ce qui me fait le plus plaisir, c’est quand je reçois des messages de gens qui souffrent des mêmes angoisses que moi et qui se retrouvent dans ma musique.  J’aime que ma musique soit un outil, qu’elle puisse parler à d’autres personnes et leur être utile. 

LLM : Ce sentiment d’angoisse que tu exprimes dans ta musique, d’où est-ce qu’il vient ? 

A : Je suis très inquiète de l’état du monde, de la planète. C’est un sentiment de plus en  plus développé chez les jeunes : l’éco-anxiété. Ça se confirme avec les manifs pour le  climats qui rassemblent pas mal de monde. Je pense qu’il manque dans la musique française un.e artiste reconnu.e qui se bat pour ça. Il y en a, je pense à Suzane qui a fait  un morceau sur l’environnement par exemple, mais le sujet n’est pas encore abordé de  la manière dont je l’imagine. 

LLM: Tu t’apprêtes à sortir ton premier EP, est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ? 

A : C’est un regroupement de 5 morceaux, qui condense les peurs et les convictions d’un.e ado, jusqu’au passage à l’âge adulte. Ce projet c’est un peu mon parcours de  vie, mes convictions personnelles, mes angoisses. Il va s’appeler 1°C Le titre m’est venu tout seul, il rappelle la dimension de mon cursus en géographie/environnement, et le 1, c’est un chiffre ouvert qui permettra de nommer  d’autres EP par la suite 2°C, 3°C  et qui m’autorise à clore le chapitre quand je veux. 

Pochette de l’EP 1°C
Track List de l’EP 1°C

LLM : Tu peux nous décrire le processus de sortie d’un EP ? Comment toi tu en es arrivé.e à ce  stade, et comment ça se passe pour les jeunes artistes qui veulent sortir leur premier  EP ? 

A : C’est un long processus, les chansons qui sont sur l’EP sont toutes finies depuis plus  d’un an. Pour commencer il faut déjà avoir l’inspiration, écrire les textes, composer la  musique, ou la faire composer par d’autres si on bosse pas tout.e seul.e. Ensuite il y a  l’édition, le mixage, le mastering… Pour ma part, je suis autonome jusqu’à 40, 50% du  mix on va dire, ensuite je délègue le reste du mix et le mastering, pour avoir un son parfaitement propre. Ça a un coût, plus tu arrives à être polyvalent.e et moins c’est cher, mais plus ça te prend aussi de charge mentale. Il y a des parties qui sont difficiles à maîtriser seul.e, comme la distribution…Il vaut mieux être accompagné.e. Personnellement depuis quelques temps je ne passe plus par un producteur, je m’auto-produit, mais j’ai la  chance de pouvoir déléguer le travail de distribution depuis que j’ai rejoint un label. 

LLM : Dans tes textes, tu chantes à la fois en français et en anglais, comment est-ce que tu t’y  prends pour écrire les paroles de tes chansons ? 

A : Ma musique vient des tripes, je ne me verrais pas faire appel à d’autres personnes pour  écrire les paroles ou composer. A la base, l’anglais me venait plus naturellement, parce  que j’ai écouté énormément de groupes anglophones. Mais comme le français est ma  langue maternelle, j’arrive à mieux m’en servir pour faire des jeux de mots ou des consonances comme sur  Plaisir par exemple. 

LLM : Est-ce que tu as déjà eu l’occasion de donner des concerts ? 

A : Non, malheureusement, je devais donner mon premier concert en mars 2020, il a été  annulé à cause du COVID. Malgré tout, j’ai pu faire récemment une captation vidéo,  accompagnée de mon batteur. J’aime cette configuration minimaliste, après dans le  futur, si on peut rêver de gros concerts, j’aimerais m’accompagner de plusieurs  musicien.ne.s, qu’on soit 5 ou 6 sur scène. Je ne peux déjà pas jouer de la basse en  même temps que je chante car les rythmes sont trop différents. En tout cas j’ai très hâte de pouvoir m’exprimer sur scène devant un public, j’attends ça avec impatience ! 

LLM : En tant que personne, quels sont tes engagements, les causes que tu défends ? 

A : En plus de l’environnement, j’ai une cause qui me tient particulièrement à cœur, c’est  celle des natif/ves Américain.es. J’ai eu l’occasion d’en rencontrer lors de voyages aux  États-Unis, et de constater la précarité dans laquelle iels vivent, ça m’a touché au plus  profond de moi. Je sais que je suis blanche et européenne, je ne connaîtrai pas les  mêmes problèmes qu’eux, et sans faire du « White Savior », j’ai eu envie en rentrant de  me battre pour eux, c’est même ce qui a été à l’origine de mon projet musical. Bien sûr, je m’engage aussi pour le féminisme, contre le racisme, la transphobie…Toutes  les injustices sociales et environnementales. 

LLM : Qu’est-ce que tu penses de la politique culturelle du gouvernement, depuis la crise du  COVID ? 

A: Je ne comprend pas qu’on ai pu laisser aussi longtemps les magasins de vêtements  ouverts tout en gardant fermés les cinémas et les théâtres. Il n’y avait rien de logique,  c’est un non-sens complet, comme pour les mesures environnementales de toute façon. Pour les bars aussi, certes il y a ceux qui refusaient d’appliquer les mesures de sécurité  élémentaires, je comprends que ceux-là ferment, mais la plupart ne voulaient pas faire  courir de risques à leurs client.e.s mais ont été sanctionnés quand même. 

LLM : Est-ce que tu peux nous partager des figures politiques qui t’inspirent ?

A : Alexandria Ocasio-Cortez. J’espère qu’elle deviendra une des plus grandes décideuses, si  elle peut devenir présidente un jour ce serait fou. En France, je dirais Christiane Taubira. Une femme noire à la tête d’une des principales puissances mondiales, symboliquement ça serait ouf. 

LLM : Demain, c’est la Révolution. Quelle mesure aimerais- tu voir appliquée en priorité ? 

A : Pour moi, la priorité, c’est de réformer complètement le système scolaire. Les  méthodes d’apprentissage, les contenus des cours. Trop d’élèves s’y sentent mal, il ne  faut pas un système unique, mais prendre en compte tous les différents types  d’intelligence. Il nous faudrait consacrer aussi du temps à réapprendre notre lien à la  Terre, pour savoir ce qu’on consomme, respecter les choses qui nous entourent. Des  choses simples. Aujourd’hui on est à deux doigts de maîtriser la fusion nucléaire, mais  par contre on est incapables de connaître ces choses élémentaires.  

LLM : Instant partage : un.e artiste que tu as envie de nous faire découvrir ? 

A : La première personne à laquelle je pense, même si je sais que vous avez déjà parlé  d’elle sur LLM, c’est Soul of Bear. C’est un régal de discuter avec elle parce que c’est un  puits de connaissance, elle est hyper bienveillante et a une patience remarquable pour  expliquer ses idées. Sa musique est super intelligente, c’est remarquable dans l’intention  et dans l’engagement. J’espère qu’elle ira très très très loin.

Retrouvez L’EP d’Adahy 1°C, sorti le 1er Mai 2021, sur toutes les plateformes de streaming ou en suivant le lien Youtube juste en dessous!

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Underground Resistance

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Lorsqu’on évoque Underground Resistance, on parle d’un collectif mythique, pour plusieurs raisons. D’abord pour sa participation à la définition du son Techno, ce genre musical qui a émergé à la fin des années 80, à Detroit. Originaires de la Motor City, les membres d’Underground Resistance font partie de la seconde vague d’artistes Techno de Detroit, après le trio d’initiateurs Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson. Mythique, le collectif fondé en 1990 l’est aussi par sa radicalité, son esthétique sans compromis. Sur les pochettes des disques n’apparaît que le logo UR reconnaissable entre tous, les visages des membres restent cachés sous des cagoules en concert.

Cet anonymat, couplé à un refus d’apparaître dans les médias, vient d’une volonté affichée de mettre la musique en avant, qu’elle seule importe plutôt que ses interprètes. Le producteur s’efface derrière sa musique, les artistes restent anonymes pour éviter de tomber dans la stratification, qui nuit au sens profond de la musique. L’utilisation de pseudonymes pour brouiller les pistes est courante. Leur musique est aussi le seul média au travers duquel ils peuvent s’exprimer sans que leur pensée soit déformée, qui peut toucher directement leurs auditeur.ices.

À travers le mouvement Techno, Underground Resistance s’inscrit dans un courant musical innovant, directement inspiré des conditions sociales difficiles des afro-américains de Détroit, cette ville industrielle qui connaît le chômage de masse, la pauvreté, les violences policières, le racisme. S’inspirant de l’imaginaire militaire et de la fierté d’être noir-e de Public Enemy, UR rompt avec l’industrie musicale, montant ses propres labels, studios, et réseaux de distribution, pour être en totale indépendance et garder le contrôle sur leur musique et leur image.

Joan Baez

Article, Artistes

Joan Baez est une autrice-compositrice et interprète américaine, née en 1940 et associée au courant musical Folk. Elle a joué lors d’événements majeurs comme la première édition du Festival folk de Newport en 1959, ou encore le fameux festival de Woodstock. Engagée activement, elle soutient les marches pour les droits civiques, se bat contre les injustices sociales, et contre la guerre du Viêt Nam.

Avec une carrière longue de plus de 60 ans et plus de 30 disques à son actif, on pourrait penser que son engagement faiblirait, mais il n’en est rien. À 80 ans passés, Joan Baez continue de suivre et de commenter l’actualité politique. Dans sa jeunesse, “la reine du Folk” découvre en concert Pete Seeger, pionnier du Folk et ami de Woody Guthrie (que nous avons déjà présenté). Elle comprend que la musique est politique, et qu’elle se doit d’interpréter et d’écrire des chansons sociales, aux paroles qui reflètent une vision du monde et ne sont pas de simples instruments de divertissement.

Joan Baez au rassemblement contre la guerre du Vietnam. Londres, 1965

Elle est aussi transformée par les discours de Martin Luther King, qui exercent sur elle une influence décisive. Dans l’Amérique ségrégationniste des années 60, le combat de King porte un espoir de paix et de rassemblement, dans lequel la jeune Joan se retrouve complètement. Un combat pacifiste qu’elle prolongera quelques années plus tard, en partant au Vietnam, alors bombardé par les avions américains. Autre anecdote marquante, en 1981, elle doit donner une tournée de concerts à travers l’Amérique du Sud. Mais le Chili et l’Argentine traversent une période trouble, avec les dictatures de Pinochet et Videla. Elle se rend sur place mais, menacée de mort, elle doit se résoudre à ne pas monter sur scène devant le danger.

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Par les damné.e.s de la terre

Album - Chanson, Article

Par les damné.e.s de la terre est un projet mené par le rappeur Rocé, en collaboration avec l’historien Amzat Boukari-Yabara et la chercheuse Naïma Yahi. Ce projet prend la forme d’une compilation, sortie en 2018 sur le sous-label d’Hors Cadres, Collection Mémoire. Cette compilation rassemble des morceaux rares, oubliés, d’artistes issu.e.s pour la plupart des anciennes colonies françaises, qui chantent en français, mais sont laissés pour comptes des médias français et de l’imaginaire collectif. 

Rocé s’éloigne donc du milieu du rap français, pour définir une identité commune aux enfants des diasporas, leur faire (re)découvrir la culture de leurs parents, de leurs grands-parents. Une histoire qui mêle luttes anticoloniales, luttes ouvrières, exils, et qui exhorte à garder la tête haute, à être fièr.e de son passé, de son héritage.

En apportant cet éclairage historique, Rocé espère inspirer les réflexions de la période actuelle, en brisant des tabous, et en empêchant une réécriture de l’histoire par les dominants.

Se côtoient sur ce disque musiques du Gabon, de Guyane, du Burkina Faso, discours d’Hô Chi Minh (Leader communiste et anti impérialiste du Viêt Nam), psychédélisme du Groupement Culturel Renault. Le disque s’accompagne d’un livret très fourni, qui revient sur le contexte particulier de chacun des morceaux sélectionnés, l’histoire de celles et ceux qui en sont à l’origine, accompagné d’une citation de Jacques Rancières :

Voir ce qui n’avait pas lieu d’être vu, faire entendre comme discours ce qui n’était entendu que comme un bruit

Paris, le 12/11/2020 – Avec Kévin & Carolane

Rencontres

Kévin, 26 ans, en recherche d’emploi dans le secteur culturel & Carolane, 26 ans, chargée d’administration d’une compagnie de marionnettes

Combien de temps écoutez-vous de la musique par jour en moyenne ?

  • K : On écoute pas de la musique H24, ya des moments où on fait autre chose. Tu peux pas écouter de la musique et mater des films en même temps.
  • C : Je dirais 2h par jour, en moyenne. Ça dépend, hier on a écouté de la musique pendant 5h par exemple.
  • K : Ça arrive jamais qu’on passe une journée sans écouter de musique.

Comment vous découvrez de nouveaux morceaux ?

  • C : Moi une grande partie des nouvelles musiques que je découvre, c’est grâce à Canal B, une webradio Rennaise. J’ai écouté en podcast à peu près toutes leurs émissions, ils en ont sur plein de styles de musique différents. Hier on a écouté un truc de Dub, un truc de Ska, et un truc de Reggae. Ils ont plein d’émissions différentes faites par des spécialistes, des gens très calés. Ils retracent l’histoire des musiques, des musiciens, les relations entre producteurs etc.

Par quels moyens écoutez-vous de la musique ? (YouTube, Spotify, Radio, Webradio, CD, vinyle, K7…)

  • K : J’achète des vinyls et de la musique dématérialisée, tous les vendredis sur Bandcamp. Toute la semaine je met des trucs dans ma Wantlist, et le vendredi je les achète à 50 centimes ou plus, parce que le vendredi c’est le Bancamp Day, la musique revient directement aux artistes, sans commission de la part du site. Et ils ont beaucoup de trucs que tu peux pas trouver sur Youtube. Youtube je m’en sert juste en soirée, quand je veux faire écouter quelque chose à quelqu’un.
  • C : Moi à part Canal B, je pense que j’ai un problème avec ça, je découvre vraiment peu de musique.
  • K : Mais ça c’est parce que tu connais déjà tout (rires).

Est-ce que vous allez à des concerts/festival ? Et cette année malgré la COVID ?

  • K : En Octobre, je suis allé à la Station – Gares des Mines Porte d’Aubervilliers, pour la journée de clôture avec des DJ Sets.
  • C : On est aussi allé au Consulat, lieu dans Paris où on a pu voir des concerts assis et allongés.
  • K : Sinon avant on allait à beaucoup de festivals, les Transmusicales notamment.

Est-ce qu’il y a un/des styles de musique que vous écoutez en majorité ?

  • K : Pas vraiment non. J’écoute beaucoup de Rap par moment, mais après je passe à autre chose, ça devient relou quand tu écoutes trop l’album de Freeze Corleone. Après j’écoute du Punk, du Ska. Le Reggae tu peux écouter ça tous les jours.

Est-ce que vous pouvez me donner 3 noms d’artistes que vous appréciez particulièrement ?

  • K : La Fonky Family, j’ai jamais arrêté d’écouter. Godzilla Overkill. Et pour finir Joy Division. Enfin « leur » album là (nddr : Unknown Pleasures), que j’ai écouté des centaines de fois.
  • C : Moi quand j’étais plus jeune j’écoutais beaucoup de Rock, des trucs comme Scorpions. J’aimais beaucoup Barbara. Récemment j’ai découvert Maghreb K7 Club, un album de chansons qui ont accompagnées les manifs à Lyon. Ils font des truc expérimentaux avec du Raï et des synthés.

Si je vous dis artiste engagé, vous pensez à qui ? Et pourquoi ?

  • K : À La lutte musicale (Rires). À Public Enemy. Au Rap. Mais toute musique est engagée en soi. Si tu prend le Reggae par exemple, ya vraiment une démarche derrière. Même Pascal Obispo, je pense qu’il y croit.
  • C : J’ai beaucoup apprécié un groupe que j’ai rencontré au festival Interceltique, Djiboudjep. Chaque année, c’est eux qui font le concert de clôture. Ils sont drôles, chaque années c’est le cirque, les agents de sécu et les régisseurs doivent couper le son sur scène, sinon ils continueraient jusqu’à 4h du mat’. C’est très amateur dans la démarche, contre la professionnalisation de l’art.

Est-ce que vous pensez qu’il y a des courants musicaux fondamentalement plus engagés que d’autres ?

  • K : Chaque style de musique, les gens en font ce qu’ils veulent. La Techno, c’est un truc super populaire à la base, aujourd’hui tout le monde se le réapproprie. Ou les nouveaux rappeurs, qui ont kiffé IAM ou NTM, aujourd’hui ils veulent juste faire de la grosse Trap et parler des juifs. C’est ça qui est à la mode, si tu prends les derniers bastions du rap conscient, Hugo TSR et tout ça, ils jouent pas au Zénith.
  • C : Même les vieux groupes, j’ai vu IAM en concert, et le morceaux sur lequel tout le monde s’ambiance, c’est Je danse le Mia. Leurs morceaux les plus populaires, c’est toujours les moins engagés.

Est-ce que vous vous c’est un plus qu’un-e artistes soit engagé-e ? Est-ce que vous faites attention à ça pour les artistes que vous écoutez ?

  • K : C’est pas forcément un plus, par contre c’est un moins si ils sont engagés pour de la merde. Koba la D par exemple. Si un artiste fait ou dit de la merde après je l’écouterai pas. Mais si un artiste est bon je l’écoute, qu’il soit engagé ou non. Si tu écoutes de la musique Colombienne, le groupe est pas forcément engagé, mais c’est déjà une démarche.
  • C : J’ai un peu le même constat, si l’artiste a des propos qui me choquent ou me gênent je vais arrêter de l’écouter.

Et les styles de musique sans paroles, est-ce qu’ils peuvent être quand même engagés ?

  • K : Oui, en 2020, l’artiste c’est pas que ça musique. C’est son image, ce qu’il dit sur les réseaux sociaux, ce qu’il renvoie, ce qu’il fait dans sa vie de tous les jours. Et si tu appartient à un courant musical comme le Dub, qui est « mort », qui n’est plus représenté, c’est déjà une démarche engagée.

Tu penses ? Ça ne peut pas aussi être une démarche un peu réactionnaire, en mode « tout est nul en 2020, il n’y a plu aucun vrai artiste comme à l’époque » ?

  • K : Oui faut pas rentrer là-dedans non plus, ya plein de trucs bien qui sortent aujourd’hui.

Est-ce que vous pensez que la musique peut permettre de changer la société ?

  • K : Oui et non… Tu peux dire par exemple Bilal Hassani, c’est un progrès qu’il soit représenté. Mais au final, s’il peut être là aujourd’hui, c’est parce que la société a évolué, Bilal Hassani en tant que tel c’est pas lui qui change la société. Ou alors, j’ai un pote un peu homophobe, des fois on écoute des trucs queer ensemble comme Jardin, ça peu un peu éveiller sa conscience, mais ça va pas changer la face du monde.
  • C : Je pense pas non plus, tous les mouvement musicaux radicaux finissent par être institutionnalisés, la Techno en France par exemple par Jack Lang et la Technoparade.

Quilapayun

Article, Artistes

Quilapayun est un groupe chilien, actif depuis 1965. Nommé ambassadeur culturel du pays par le président socialiste Salvador Allende en 1972, le groupe, partit en tournée, ne peut pas revenir au Chili l’année suivante, suite au coup d’État de Pinochet. Il demande alors l’asile politique en France, où il joue à de nombreuses reprises, de la fête de l’Humanité à l’Olympia.

Musicalement, les Quilapayun mélangent les instruments et airs traditionnels andins, à des paroles poétiques et toujours socialement très engagées. Ils participent activement à la campagne qui porte au pouvoir le socialiste Salvador Allende en 1970. Les noms de leurs albums (plus de 35) parlent d’eux-même : Basta (1969), ou La Revolucion y las estrellas (1982).

Pochette de l’album El Pueblo Unido, Jamas Sera Vencido
sorti en 1974

En 1970, ils dédient un album entier, Cantana Santa Maria de Iquique, à la mémoire des événements du 21 décembre 1907, où une manifestation de mineurs venus du pays entier est réprimée dans le sang, causant des milliers de victimes chez les mineurs. Le pouvoir tente de faire oublier cet épisode au plus vite, n’en faisant jamais mention, mais Quilapayun lui rend sa place dans la mémoire collective, en lui consacrant cet album, qui alterne chansons et textes récités.

Le groupe est aussi à l’origine d’une chanson devenue un hymne révolutionnaire à travers le monde entier : El pueblo unido jamas sera vencido composée par Sergio Ortega, écrite et interprétée par Quilapayun à partir de 1974.

Source photo de couverture: https://quilapayun.com/. Manifestation de soutien à l’Argentine. France, 1970

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